L'INVISIBLE #2
Tourné en un seul jour, le film révèle les pratiques rituelles d’une secte religieuse, les Haoukas. À ceux-ci se rattachent deux significations qui ne sont pas anodines : les Haoukas, sont à la fois les génies, “maîtres de la folie” et les “maîtres européens”, perçus comme fous. Apparus vers 1927 dans les danses de possession, ces génies très particuliers étaient inspirés directement par l’armée et les administrations française et britannique. Les travailleurs émigrés, à l’époque où a été tourné le film, résolvaient par ces crises de possession violentes mais maîtrisées, leur adaptation au monde moderne.
Les Maîtres fous met en crise les procédés narratifs du cinéma ethnographique. Faisant fi des règles de l’observation objective, Jean Rouch invente, bouscule avec sa « Ciné transe ». Caméra 16 mm à l’épaule, il se joint à la danse de possession des Haoukas pour mieux en intégrer l’univers et cherche lui aussi à approcher l’état de transe, de dépossession de soi. Né de ce partage d’expérience, le film donne à voir comme rarement ce rituel annuel de possession, exutoire à l’extrême violence de la domination coloniale et de l’évolution des techniques qui bouleversent les traditions. Ce film, salué et soutenu par la Nouvelle vague, a été primé au festival de Venise en 1957.
Jean Rouch expliquera que « ce jeu violent n'est que le reflet de notre civilisation. »
Le film fut interdit par l'administration française dans le territoire du Niger, puis également, par l'administration britannique, au Ghana et dans d'autres colonies britanniques.
Jean Rouch
Né le 31 mai 1917 à Paris (France) et mort le 18 février 2004 à Tahoua (Niger), est un réalisateur et un ethnologue français.
Il est particulièrement connu pour sa pratique du cinéma direct et pour ses films ethnographiques sur des peuples africains tels que les Dogons et leurs coutumes. Considéré comme le créateur de l'ethnofiction, un sous-genre de la docufiction, il est l'un des théoriciens et fondateurs de l'anthropologie visuelle.