L'INVISIBLE #3
Barail
Denis Cointe
France / 2022 / 51 mn / Couleur / Documentaire
Production : l'atelier documentaire
Image : Denis Cointe
Montage : Antoine Boutet
Son : Laure Carrier
Mixage : Loïc Lachaize
Etalonnage : Yannig Willman
Compétition Nationale - FIDMarseille - Prix Georges de Beauregard National
États Généraux du film documentaire - Lussas - Sélection Expériences du regard
Voir et comprendre vont-ils de paire ? demandait Marie-José Mondzain dans son hommage à Comolli. Là est toute la question, à laquelle les films des EGD 2022 répondent de fort diverses façons dans leur souci de donner à découvrir des sujets agissants et leur manière d'agir dans le monde. Le travail critique est dès lors de discerner les artifices autant que les non-dits, d'identifier la relation du cinéaste avec ses sujets, et de célébrer ces moments de grâce où ce qui n'est pas visible émerge du visible.
Barail de Denis Cointe en est un passionnant exemple : des femmes et des hommes lourdement handicapés écoutent parmi les fleurs, en différents points du jardin de la maison d'accueil spécialisée Le Barail, des hauts parleurs qui y ont été disposés. Ils y entendent des pièces sonores créées par des compositeurs contemporains (Alessandro Bossetti, Félix Blum…). Les plans sont fixes, longs, et ces corps fragiles nous intriguent et nous regardent. Nous guettons leurs réactions, nous nous interrogeons sur ce qu'ils perçoivent. Et ce faisant, en un geste que nous ne faisons jamais dans notre quotidien débordé, nous écoutons leurs visages et leurs corps qui parlent alors qu'eux ne peuvent parler. C'est magique : ces êtres que nous croyons limités ont accès devant nous à l'invisible.
Là est le cœur du documentaire : dépasser le simple témoignage pour articuler une pensée et incarner une critique politique (cf. le séminaire). Cela passe par une poétique. Car la réalité ne contient pas sa compréhension. C'est le cinéaste qui nous en propose des clefs, par son interaction avec cette réalité, par ses choix d'approche, d'esthétique et de montage. Et nous permet ainsi d'accéder à l'invisible.
Olivier Barlet, Africiné.org
BIOGRAPHIE
Denis Cointe vit à Bordeaux. Il développe un travail qui s’étend des arts visuels au spectacle vivant et dont les réalisations prennent la forme de vidéos/installations et de performances. Depuis quelques années il s’engage vers l’essai documentaire et les formes sonores.
Il a fondé en 2009 la compagnie TRANSLATION qui a présenté les performances Die Dichte (2011) et Délivrance (2016) autour de textes inédits de Marie NDiaye. A travers des dispositifs resserrés, Denis Cointe construit un travail d’évocation autour de la trace, de la mémoire et de l’absence.


