L'INVISIBLE #3
Lecture mise en scène, avec en arrière-plan des informations télévisées, du livre de Valerie Solanas "S.C.U.M. Manifesto" (1967).
Valérie Jean Solanas née en 1936 dans le New Jersey. Elle écrit "SCUM Manifesto" qui est publié à compte d’auteur en 1966, et des nouvelles pornographiques. En 1968, elle tire sur Warhol à qui elle reproche de ne pas vouloir financer une de ses pièces de théâtre. Elle meurt de pneumonie, seule et sans un sous en 1988 à l’âge de 52 ans.
S.C.U.M. : Society for Cutting Up Men que l’on pourrait traduire par « société pour tailler en pièces les hommes » ou « pour émasculer les hommes »
Le dispositif Delphine Seyrig, livre en main, fait face à la réalisatrice Carole Roussopolous qui tape le texte sur une machine à écrire. En arrière plan au centre, un téléviseur diffuse en direct des images du journal télévisé du jour sans le son. Delphine Seyrig commence la lecture du "S.C.U.M Manifesto", Carole Roussopoulos tape le texte à la machine à écrire. Le bruit des touches de la machine, du retour chariot et la voix se superposent, créant un son omniprésent qui rythme la découverte du texte. Les premières phrases proclament « Le mâle est un accident génétique, une femme incomplète, un avortement ambulant. Etre mâle, c’est être déficient… » De temps à autre Carole Roussopoulos arrête la frappe, augmente le volume du téléviseur. On entend les commentaires des journalistes sur des images de conflits armés (un zoom avant laisse place aux images), de manifestations de femmes pacifistes catholiques et protestantes en Irlande contre la guerre. Le journaliste commente « Elles sont qualifiées de collaboratrices par l’IRA ». Delphine Seyrig reprend la lecture du texte de Solanas. Carole continue la frappe sur sa machine. La caméra est fixe, le cadre identique. Carole Roussopoulos arrête la frappe et tout en fumant écoute attentivement Delphine Seyrig. Le texte de Solanas établit un parallèle entre « tirer un coup » et faire la guerre. De nouveau, des informations à la télévision montrent la violence policière en Argentine et la manifestation des femmes à Belfast. Le texte de Solanas prend fin, Carole Roussopoulos ôte la feuille de la machine tandis que Delphine Seyrig se lève. Elles quittent le champ, laissant le cadre vide de leur présence.
BIOGRAPHIE
Le Collectif Insoumuses, dont nous pouvons voir à l’écran Carole Roussopoulos et Delphine Seyrig, lit, écrit, martèle et met en scène S.C.U.M Manifesto de Valérie Solanas, afin de faire rééditer ce pamphlet anarcho-féministe. Comme dans Maso et Miso vont en bateau, elles réagissent à l’actualité, confrontent le discours dominant et défendent leur point de vue. Avec un dispositif particulier, conçu en une après-midi, elles concentrent le regard des spectateur·ices sur ce qu’elles ont à dire avec une machine à écrire, un texte lu, un cadre fixe, un téléviseur et le journal du jour. En utilisant la vidéo, dont les hommes ne se sont pas encore emparé, comme outil de lutte, elles souhaitent renverser le Patriarcat. Elles s’opposent et dénoncent la position belliqueuse des gouvernements et des hommes à l’échelle des pays, des peuples, des femmes. Maxime Moriceau et Hortense Lemaitre
Les Insoumuses est le nom d'un collectif de femmes constitué de Carole Roussopoulos, Delphine Seyrig, Ioana Wieder. Ce collectif réalise des vidéos sur les luttes des femmes dans les années 1970. Actrice au cinéma et au théâtre, militante des droits humains et féministe, Delphine Seyrig s’initie à la vidéo avec Carole Roussopoulos puis prend en main une caméra vidéo et réalise Sois belle tais-toi !, Inês, pour mémoire puis coréalise S.C.U.M. Manifesto et Où est-ce qu’on se "mai" ? Carole Roussopoulos, pionnière de la vidéo, fondatrice du Centre audiovisuel Simone de Beauvoir avec Delphine Seyrig, a réalisé plus de 100 films. "Ce qui compte pour moi, c’est la parole des autres, celle que l’on n’entend jamais." Ioana Wieder fonde avec Delphine Seyrig et Claude Jourde l’association Les Muses s’amusent "pour diffuser les images et les paroles des femmes par elles-mêmes dans des films, vidéos, photos". Les Muses deviendront Les Insoumuses. Elle traduit des livres et des textes féministes comme Vaginal Politics, Women in Vietnam… et réalise Accouche ! et Où est-ce qu’on se "mai" ? Nadja Ringart, sociologue et réalisatrice de films militants, a initié Bobines féministes, une plateforme de ressources numériques sur l'histoire et les créations du MLF. Elle co-organise le festival de documentaires Femmes en résistance.


